Home Lettres hébraïques D’Aleph à Hé: La série des 5 premières lettres de l’alphabet hébraïque

D’Aleph à Hé: La série des 5 premières lettres de l’alphabet hébraïque

by Bruno Supiot

Le cours de Téhima de cet automne développe l’apprentissage de la série des cinq premières lettres de l’alphabet hébraïque qui va d’Aleph à Hé. Le parcours dans l’ordre alphabétique des lettres nous entraine dans une progression symbolique et énergétique qui est d’une grande cohérence. Quand nous travaillons les lettres avec la Téhima, il se produit une sorte d’alignement intérieur agissant aussi bien au niveau corporel qu’au niveau émotionnel. Cet alignement se réalise  “en résonance” avec la symbolique de la lettre, son emplacement dans le corps, voire avec la symbolique du signe ou de la planète auquel elle est rattachée.

Chaque lettre peut se travailler seule, mais c’est avec la combinaison des  lettres les unes avec les autres que l’on obtiendra la plus grande profondeur dans le travail. Quand on connait les lettres, on peut composer avec des mots ou même des phrases. Danser ces mots avec la Téhima produira un effet certain, pour peu que la pratique ait été centrée et méditative. Quand on débute l’apprentissage, on ne peut bien évidemment pas connaitre d’emblée toutes les lettres. Pourtant, même avec peu de lettres, on peut rapidement effectuer un travail intéressant. C’est à ce titre que j’ai focalisé les cours de cet automne sur l”apprentissage de la série des cinq premières lettres.

L’hébreu se lit de droite  à gauche. Le tableau ci-dessous également (lettres calligraphiées par Frank Lalou) :

Daleth Guimel Beth Aleph

 

La série des “cinq premières” comprend une lettre mère (Aleph), trois lettres doubles (Beth, Guimel, Daleth), et une lettre simple (Hé). Je n’entrerai pas ici dans l’explication détaillée des lettres mères, simples ou doubles, et je laisserai le lecteur se référer aux ouvrages de Frank Lalou qui sont référencés ici. Cette série comprend également une “lettre épreuve”: Daleth, dont je résumerai le sens un peu plus loin. Tel des aventuriers des lettres perdues, je vous propose maintenant d’entrer dans le parcours initiatique de ces cinq premières lettres.

 

Aleph

Avant même que le monde ne soit créé il y a Aleph, lettre mère représentant l’unité indicible, le Tout. Aleph peut se concevoir comme Dieu avant qu’il n’ait créé le Ciel et la Terre ou bien , pour prendre une image plus “scientifique”, comme ce qui préexistait à l’univers avant le Big Bang. Ce peut être aussi l’enfant dans le ventre de sa mère, plongé dans le Tao, ne différenciant pas lui-même et l’extérieur de lui-même. Aleph est le Un dans lequel nous voulons tous inconsciemment retourner, le “sentiment océanique” décrit par Romain Rolland dans la fameuse lettre qu’il a adressée à Freud en 1927, et dont Freud partira pour écrire son fameux ouvrage “Malaise dans la civilisation”.

Beth

“Bereshit Bara Elohim…”: En tête, Elohim poétisa les ciels et la terre (traduction libre de Frank Lalou du premier verset de la Genèse).

La première lettre de la Genèse est le Beth et, dans le Sepher Yetsira (ouvrage majeur de la Kabbale hébraïque), Dieu crée le monde avec la lettre Beth et non avec Aleph. En fait cela est tout à fait logique, car le monde ne peut procéder que de la dualité, du multiple, et non du Un qui précède la naissance. Le Beth représente la maison: la maison physique qui nous abrite des intempéries, mais aussi notre maison intérieure, notre “véhicule”. Le Beth est le lieu où s’élaborent nos projets, bien à l’abri de son toit et de ses murs protecteurs. C’est donc le lieu à partir duquel commence notre quête.

Guimel

Rêver à nos projets, bien à l’abri des intempéries, est un bon point de départ. Pourtant, si nous restons confortablement à rêver toute notre vie, nous n’aurons pas accompli grand chose au jour de notre mort. Un jour, il faut bien partir et affronter le voyage. Guimel représente ce voyage: le départ de la maison vers l’inconnu. A ce titre, il est en lien avec le sevrage: premier sevrage de l’enfant qui naît et doit apprendre à respirer par lui-même, sevrage ensuite du sein de sa mère, sevrage quand il quitte le domicile de ses parents pour habiter chez lui. Tout au long de notre vie, nous devrons affronter de nombreux sevrages, choisis ou subis. Guimel représente aussi la richesse intérieure que nous acquérons lorsque nous acceptons d’affronter le voyage.

Daleth

Qu’y a-t-il au bout du voyage ?  Personne ne le sait à l’avance (sinon, ça ne serait pas un vrai voyage). En revanche quand ce voyage est intérieur, en quête de nous-même, alors nous pouvons être sûrs qu’à un moment nous allons trouver une porte, un passage, que nous serons libres de franchir ou non. Daleth représente cette porte mystérieuse que nous hésitons souvent à franchir, car franchir Daleth c’est passer de l’autre côté, le côté dont on ne sait rien encore. Parfois, Daleth est simplement la porte du temps qui passe et dont nous aimerions parfois qu’il reste figé. Nous vieillissons tous imperceptiblement et, tout à coup, nous voyons la porte: est-t-il déjà temps que je quitte mes parents pour aller vivre ma vie ? Est-ce que je peux accepter que mes cheveux blanchissent ? Cette porte du temps, parfois nous refusons de la voir. Mais alors nous resterons figés dans la nostalgie du passé, et nous ne pourrons murir, évoluer, et vivre avec ouverture les autres étapes de notre vie.

Si nous acceptons de passer la porte, alors nous pouvons rencontrer avec gratitude la lettre Hé qui représente le souffle. Le souffle, c’est la vie elle même. Si le souffle s’arrête, alors nous sommes mort très rapidement. Hé est une des lettres du tétragramme sacré  יהוה‬. Il représente donc véritablement le souffle sacré. D’ailleurs, à l’origine de la lettre Hé, il y a un hiéroglyphe égyptien représentant un homme en prière, un “homme orant”. Ainsi, Hé nous connecte-t-il directement au souffle divin. N’est-ce pas là une magnifique façon de clôturer cette première série de lettres ?

 

Saint Apollinare in the orant position of prayer

(l’image ci-dessus est extraite de l’article Early Christian Orant Gesture in Prayer)

 

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